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 Berliet Stradair, témoin de l'ère moderne

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G.T

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Date d'inscription : 26/08/2007
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MessageSujet: Berliet Stradair, témoin de l'ère moderne   Sam 15 Sep - 19:18

Peut-être un peu HS, mais il y a un moteur et ça roule, alors...

1. Une époque moderne
Si, en parlant par exemple d’un constructeur automobile comme Peugeot, je placerais l’ère moderne un peu plus loin, autour de 1980, celle de Berliet commence dès les années 60, en suivant un mouvement long mais définitif.

En effet, la France est alors en plein dans les Trente Glorieuses, les villes semblent être à la limite de leur expansion, au-delà il s’agit des banlieues.
D’un autre côté, l’invention de la radio à transistor, le début de percée du téléviseur, du réfrigérateur, de la machine à laver ouvre une nouvelle ère : celle de l’électroménager.
Nous savons déjà que rien ne sera plus exactement comme avant.

Berliet est alors un important constructeur, qui s’adjuge jusqu’à la moitié du marché national du poids-lourd les bonnes années, ce qui est une brillante performance compte-tenu du fait de la multiplicité des forces en présence. Outre la SAVIEM tout juste constituée (merci qui ?), il y a encore Bernard, Unic et Citroën et Willeme.

2. Un marché forcément en expansion
Nous sommes en 1959 et Berliet se rend compte de l’expansion des villes et des banlieues.
L’exode rural ne fait que commencer, mais la suite est prévisible : plus de personnes en ville nécessite plus de livraisons en milieu urbain. Or, que propose Berliet dans le créneau des « 5 tonnes » (dans le jargon du transport, on parle ici de 5t de charge utile) ? Rien.
On a le toujours vaillant GLC6, qui ne tardera pas à trouver une deuxième jeunesse avec une nouvelle cabine, mais il est trop long, trop typé « routier » pour faire correctement face aux exigences de la desserte urbaine et suburbaine.
Il est donc décidé en 1961 l’étude d’un véhicule totalement nouveau, très innovant, en
remettant tout à plat.

3. La longue gestation du Stadair
Or, le temps presse. On parle alors d’un futur 5t Citroën équipé d’une suspension
hydropneumatique identique à celle qui équipe les DS et ID.
Chez Berliet aussi, on commence à penser au confort du conducteur (et de la marchandise). Si le GLR, sorti en 1949, étonnait par son confort, sa puissance (120ch), il était dépassé pour qui devait monter et descendre dans cesse de son camion. Il fallait autre chose. On a arrêté les dimensions du véhicule, et plusieurs dessins sont mis en compétition. On retiendra celui que nous connaissons, à capot long plongeant, oeuvre du designer Philippe Charbonneaux.

Dès lors, on commence par la cabine. On étudiera en parallèle deux cabines au design proche, mais radicalement différentes dans leur constitution : une en tôle d’acier (méthode conventionnelle), une en matériaux composites, à base de plastique.
La cabine composite est abandonnée courant 1963. On se concentre sur celle en acier.
Parallèlement à cela, on étudie une suspension totalement nouvelle.

3.1. Suspension
La nouvelle suspension, dénommée Airlam, se compose d’une lame de ressort sur laquelle
vient s’appuyer un coussin d’air. Pour des raisons de charge, l’essieu avant comprendra un ressort et un coussin par côté, l’arrière un ressort et deux coussins. On dispose donc de coussins d’air pour l’ensemble du véhicule.

3.2. Cabine
La cabine fait preuve de soins particuliers. Le moteur, placé en avant de par la structure à capot, permet de dégager de la place pour le conducteur, et ce qui est assez nouveau, un plancher plat facilitant la circulation transversale.
L’insonorisation et l’ergonomie sont soignées, la référence clairement automobile. Paul
Berliet, qu’on questionnait à propos de ce projet, déclarera même « tout comme une voiture », prenant à contre-pied son père. En effet, Marius avait créé un camion en modifiant une automobile.

Une des références d’ergonomie supposée sera la Peugeot 404, sortie mi-1960 et étant alors moderne.
Le véhicule, dont on ne sait rien en dehors des bureaux d’étude du constructeur, semble très en avance techniquement, aux dires des fournisseurs de machines-outils de la firme.

4. Vers le véhicule définitif
4.1. Fiche technique

Le véhicule est prêt. C’est un beau petit porteur, 5 tonnes donc, animé par un 4 cylindres
MDX de 6.9l pour 120ch, qui permettent de dépasser les 100km/h en charge, dans le confort de la suspension pneumatique, en jonglant avec les cinq rapports synchronisés. Le moteur est placé dans le museau, lui-même en porte à faux. La cabine dispose de larges surfaces vitrées, et on peut y voir un objet posé à 1m80 du pare-chocs.
Tout est donc nouveau, à l’exception du moteur, disponible depuis seulement un an lorsque le véhicule fut prêt.
4.2. Un lancement médiatique sans précédent
La campagne de lancement était à l’image du Stradair : unique. En effet, outre un matraquage publicitaire sans précédent, une quinzaine de pages de publicité dans Paris-Match (où on ne voyait jamais le véhicule lui-même, seulement son nom et le constructeur), selon une méthode
publicitaire d’origine anglo-saxonne, appelée teasing. Ainsi la curiosité des gens était piquée.
On pouvait continuer.

La présentation officielle du Stradair est effectuée au milieu de la cité gallo-romaine des Baux de Provence, au cours d’un spectacle son et lumière. Peu après, c’est le cascadeur Gil Delamare qui effectuera une démonstration sur la piste de Miramas, où il effectuera une série de dérapages, tête à queue, et conclura son tour par un saut en charge de plus de 15m (vitesse de prise de rampe : 92km/h), atterrissant avec une stabilité époustouflante. Il bat par la même occasion le record du monde de saut en camion, qui tient toujours.

4.3. Soucis de jeunesse
Le Stradair souffre bien sûr de quelques défauts. Sur les premiers modèles, la suspension tend à se dégonfler si le véhicule reste longtemps à l’arrêt chargé. Il fallait donc que le chauffeur regonfle les suspensions avant de repartir, d’où perte de temps.
De même, il y eut quelques accidents, les chauffeurs étant parfois un peu trop enthousiastes à cause des performances du matériel. Berliet a donc dû modifier les véhicules déjà produits.

5. Cruelle fin
Il y a eu d’abord la brusque limitation de surface des camions circulant dans Paris à 9m². Or, le Stradair était trop grand de 2m², justement ceux du nez. De plus, le balayage induit par le fort porte-à-faux avant lors des manoeuvres pouvait être très gênant, surtout pour un véhicule à vocation urbaine.
Dès 1966 le Stadair fut dérivé en tracteur léger, en version porteur plus lourde, et même en autobus.

Compte tenu des contraintes, et ne pouvant laisser s’échapper le marché urbain, une version à capot réduit, fut lancée en 1967.
La série K, appelée à succéder au Stradair et partageant certains éléments communs, sort en1969. Sa cabine ne comporte pas de capot, est basculante et surtout, sans suspension Airlam. Elle était pourtant devenue fiable, mais les clients n’en voulaient pas.

Berliet jettera l’éponge en 1975, sans jamais avoir atteint ses objectifs de production.

6. Et maintenant ?
Finalement, le fameux camion Citroën à suspension hydraulique ne sortira jamais. Le Stradair restera donc un représentant de l’ère moderne de Berliet, où le confort commence à devenir important (le GAK et sa cabine Relaxe, portée sur les GLR en 1963, en témoignent), avant d’atteindre les camions maxi-code avec la cabine KB2400.
Le Stradair est le premier véhicule Berliet dont les cotes sont calculées par ordinateur, une prouesse à l’époque.
Le Stradair fut la base d’un bus urbain, le PGR.
La suspension pneumatique s’est généralisée, particulièrement dans les gammes lourdes.
Et maintenant que vous avez lu tout ça, voilà l’origine du nom de Stradair : il s’agit de la
contraction du mot italien « strada » (route) et air.

7. Photos
Il a un peu souffert, mais voilà un Stradair. Notez la calandre asymétrique : en effet, le
radiateur a été déporté pour gagner un peu de longueur sur le nez.


Un autre :


Et son successeur : série K

Notez le double marquage Citroën / Berliet de cette époque de transition, Berliet devenant filiale de Citroën (qui ne produit plus de camions, donc).
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Alain
Alain
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Messages : 130
Date d'inscription : 21/08/2007

MessageSujet: Re: Berliet Stradair, témoin de l'ère moderne   Sam 15 Sep - 21:14

Génial ! vraiment kitsch !!! Laughing
bel article que voila, merci pour cet histoire vraiment interressante.
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